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Mokobe
Mokobé Traoréde de son véritable nom, est un rappeur français du groupe 113. Né le 24 mai 1976, le jeune homme d'origine malienne est le membre fondateur de la formation rap originaire de Vitry-sur-Seine, dans la banlieue parisienne, avec ses deux compères Rim K et AP. Après les albums respectifs de ses collègues, Mokobé se décide à se lancer en solo.

Mokobé est l’un de ces princes de la ville, référence directe au chef d’œuvre de Taylor Hackford, Blood In Blood Out, ou plutôt prince des villes : Vitry, Paris, Bamako, Dakar, Lagos. Avec son premier album solo, Mon Afrique, Mokobé réconcilie la rue avec ses pratiques ancestrales, le rap et les musiques traditionnelles africaines, le père et le fils, Big Daddy Kane et Salif Keita. La Terre Mère, Le continent Noir, Le berceau de la civilisation : Ca fait déjà longtemps que l’Afrique obsède Mokobé, qu’il est à la recherche de son Graal, l’ultime percussion, la magie du « beat », l’alchimie universelle du « drum », insufflant a son rap l’énergie séminale des griots et des conteurs. Mokobé, c’est l’homme du peuple : Le succès ne l’a pas changé, et c’est toujours le même type que l’on pouvait croiser, Back in the days, dans ces hauts lieu de la culture hip hop et du métissage urbain qu’étaient les boutiques Crystal Palace ou bien Ruffnek.
« J’ai croisé pas mal de monde à l’époque, dans le milieu de la musique ou d’ailleurs. Souvent, on entend dire que Mokobé, c’est le VRP de 113, l’entertainer du groupe. C’est par ce que je connais tout le monde. J’ai beaucoup de famille, des cousins et des cousines qui habitent dans toutes les banlieues. Je suis un type très familial, qui se fond dans la masse populaire. »

Ce soldat de la mafia k’1 Fry, touche à tout (coscénariste du docu Si Tu Roules avec la Mafia k’1 Fry, acteur dans Sheitan, co-auteur d’Il Etait Une Fois dans l’Oued…) a toujours jeté des passerelles avec les musiques de son pays. Des collaborations ultra vitaminées font vibrer les dance floor, comme Bouger Bouger Remix ou encore Gaou à Oran. Filiation, héritage, interconnexion, trans-musicalité : Mokobé, à l’instar d’un Nas, se lance dans une entreprise type « bridgin the gap ». Sa soul, c’est la musique africaine. « Mon Afrique » est donc l’aboutissement d’un cheminement à la fois artistique, spirituel et œcuménique. C’est un disque ouvert, surtout pas sectaire. Large d’esprit, comme son géniteur.
« Je suis très attaché à l’Afrique, c’est ce que j’ai voulu montrer à travers ce disque. L’Afrique est un énorme patrimoine culturel.Elle a beaucoup a donnée au reste du monde. J’invite vraiment les gens à découvrir ce continent, même ceux qui en ont peur, ou qui en ont une idée caricaturale. L’Afrique c’est le berceau de l’humanité, c’est de là que tout est parti.Que tu prennes un Miles Davis, Jimi Hendrix, James Brown, Otis Redding, Public Enemy ou Grand Master Flash, ces gens-là sont africains. Ma soul à moi, c’est la musique africaine, comme les Américains puisent dans leur propre soul. Quand tu réfléchis bien, tu te rends compte que la soul, le blues, le jazz, ça vient des champs de coton, ça fait partie de cette histoire douloureuse qu’est l’esclavage, la colonisation, la déportation aux quatre coins du monde. C’est notre patrimoine, le rap vient de là. »

Mokobé a invité des « géants » de la musique africaine comme Salif Keita (Mali Forever, un hymne en puissance), Youssou Ndour (Profitez), pour des croisements musicaux inédits, du vrai groove africain, primal, presque biologique et pas de la « world music » génétiquement modifiée. Il crée aussi l’événement avec la déflagration afro beat « Sur les traces de Fela », avec Sean Kuti, le fils du visionnaire nigérian. « Fela et sa famille, c’est les Parliament Funkadelic de l’Afrique » lâche Mokobé, toujours a l’affût d’une bonne formule. Les rimes fédératrices et urgentes du MC s’entrecroisent avec les feulements hallucinés, les convulsions syncopées de Sean Kuti, symbole extravagant d’une Afrique militante et fière, menacée par les appétits insatiables des grandes multinationales et des conglomérats occidentaux.
Fort d’une « fanbase » abrasive, et qui enfle, chaque jour, comme la dette de l’Afrique, Mokobé aurait pu se reposer sur ses lauriers et réaliser un disque de rap français classique, du 113 en solo. Mais il a choisi une autre voie, beaucoup moins évidente. Comme KRS One, il fait de l’ « edutainment », contraction de education et entertainment : Il divertit les foules tout en leur inculquant du savoir et de la connaissance. « Mon Afrique » n’est pas un de ces disques ou les collaborations sont artificielles, ou les gens s’envoient des master par Fed Ex, ou les affinités de surface cèdent vite la place à un marketing dévoyé.
C’est un disque qui a voyagé, au sens propre comme au sens figuré. Ainsi Mokobé arrive-il a entraîné un Booba d’ordinaire mégalomane et provocateur sur un terrain intimiste, introspectif, viscéralement humain (sur le très beau Maman Dort, produit par Animal Sons). Un disque doux, dur et dingue (de Diam’s à Patson-le tubesque C’est Dans La Joie-, en passant par Tiken Jah Fakoly, Manu Tchao, Amadou et Mariam, Viviane Ndour…), enrobé d’une production à la fois « roots » et moderne (Martin Meissonnier ex-manager de Fela, Animal Sons, David Tayorault, Drixxxé, Jakus, Maleko, End2End….). Un disque suintant d’une soul moite, d’un funk débridé, d’un humour caustique, et d’une intelligence profondément régénératrice. Et qui fait de Mokobé un rappeur à part, un artiste universel, libre, adulte, mature, dans un « game » souvent asphyxié par les clichés et les compétitions d’ego. Un griot moderne dont les « punchlines » musclées affolent l’électrocardiogramme d’une Afrique, certes blessée dans sa chair et dans son âme, mais dont les pays occidentaux ont encore énormément à apprendre.